La prima notte di quiete (le professeur), 1972.

La prima notte di quiete (le professeur, pour la version française) pourrait se réduire à un vieux film : le montage laisse à désirer ; le synopsis ne laisse rien présager de bien merveilleux ; et pourtant ce film franco-italien réalisé par Valerio Zurlini compte parmi ceux qui m’ont le plus profondément marqué.

À Rimini, ville située sur la côte adriatique, Daniele Dominici, un jeune professeur de littérature interprété par un Alain Delon exceptionnellement mélancolique et nonchalant, arrive au lycée pour remplacer un collègue convalescent.

 

Le film s’ouvre sur le protagoniste, errant seul sur la jetée du port de Rimini.

De lui, on ne sait ni d’où il vient ni ce qu’il y faisait. Tout le film consiste grosso modo en la découverte progressive de la vérité complexe de chaque personnage par une suite d’indices souvent implicites. Parmi ces personnages, il y a Daniele, mais aussi Vanina, l’une de ses élèves, interprétée par la plutôt hyper désirable Sonia Petrovna. Il y a aussi Spider, un pharmacien que Daniele rencontre au début du film et qui devient très rapidement son plus proche ami, en l’absence de  concurrent.

Spider, à droite, joué par Giancarlo Giannini.

Daniele n’a plus enseigné depuis des années. Il est jeune et beau mais semble se moquer de tout. On peut le voir souvent, pour tuer le temps, marcher sans but le long de la côte, perdu dans ses pensées, avant de recouvrer chaque soir son appartement négligé et sa femme qui ne l’est guère moins. Au cours de l’une de ces errances, Daniele fait la connaissance de quelques notables qui, eux aussi, tuent le temps, d’une manière moins solitaire mais tout aussi morose, lors de soirées occupées à jouer aux cartes ou à copuler sans amour. C’est à ce moment qu’il rencontre Spider, qui s’intéressera pour le spectateur au passé du mystérieux nouveau venu. Il y a un culte du mystère en ce film et pas seulement concernant le personnage principal, car tous nous sont présentés comme s’il n’était pas question d’en faire la présentation. Le spectateur est laissé seul avec ses questions. Il y a des réponses assez évidentes, d’autres moins. En cela, La prima notte di quiete est un film qui se rapproche de la peinture et de la représentation muette des choses.

« – T’as d’beaux yeux tu sais !
– Oui, Alain Delon sait tout. »

Daniele ne se sépare jamais de son manteau poil de chameau qui lui colle à la peau comme une carapace contre une vie qu’il semble à peine supporter. ce manteau devient vite pour le spectateur le symbole d’un fardeau que le personnage porte sans rien en révéler.

De ce que l’on sait rapidement, sa femme le trompe. Lui-même ne l’aime plus. L’a-t-il aimée un jour ? Mais ils continuent de vivre ensemble, comme installés dans le confort d’un désespoir acté. Lui, du moins, est désespéré. Elle, semble plus douloureusement malheureuse.

Le rôle de la femme de Daniele, Monica, est joué par Lea Massari.

Et c’est là que se pose le problème Vanina. Comme dit plus haut, Vanina est une élève de Daniele. Elle a dix-neuf ans. Elle a de grands yeux et un regard plein de mélancolie…

J’ai vraiment besoin de vous préciser que c’est elle à gauche ?

Il ne reste qu’à suivre ces quelques personnes afin de voir où mène l’entremêlement d’amours ratés et d’espoirs nouveaux, et puis la chute, qui comme toute bonne chute, afin de nous faire trébucher, n’est pas là où on l’attend. Car je n’ai presque rien dit de l’essentiel de ce film dont le montage,  malheureusement parfois peu judicieux, malgré de très beaux plans, ne permet pas toujours une claire compréhension de la portée de certaines scènes. C’est probablement ce qu’il manque à ce film émouvant et singulier pour être un chef-d’oeuvre complet. C’est aussi probablement ce qui explique sa faible diffusion, qui n’en est pas moins regrettable.

Comme sur ce plan, la peinture est évoquée à plusieurs reprises comme l’un des principaux centres d’intérêt de Danièle, aux côtés de la littérature.

Si l’un de mes amis visionnait ce film et me disait ensuite : « Il est quand même globalement mal fichu, et puis franchement quelle suite de stéréotypes tous plus grotesques les uns que les autres ! » Je lui répondrais : « Oui, tu as raison. Mais tu as aimé, ou pas ? Moi, oui. »

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