Une Bugatti 57 SC Atlantic, considérée comme l'un des chefs-d'oeuvre de la marque de Molsheim

L’esthétique dans l’automobile: 1/4 le temps des débuts

Bien souvent, au moment d’acheter une voiture, l’apparence de celle-ci entre dans les critères de sélection. Mais comment en sommes-nous venus au design des voitures actuelles?

Apparue à la fin du XIXème comme moyen de locomotion destiné à concurrencer la traction animale notamment, l’automobile est aujourd’hui un produit à part entière. D’une manière similaire à ce qui se fait dans le domaine de l’habillement, elle peut être un simple objet fonctionnel mais, dans certains cas, elle joue un rôle de représentation au sein de la société. En effet, si certains styles vestimentaires peuvent correspondre à certaines personnalités, manières d’être, il en va de même pour les voitures qui peuvent plutôt renvoyer au sport, au luxe…

C’est ainsi que, pour poursuivre cette métaphore vestimentaire, les voitures sont divisées en catégories : à la supercar correspondent les vêtements de sport ; à la berline de luxe, le tailleur ou costume…

Si cela est vrai de nos jours, il n’en fut pas toujours ainsi, les catégories de voitures s’étant multipliées et l’automobile en elle même démocratisée. Il est aussi vrai que le nombre de modèles automobiles ayant existé jusqu’à maintenant est extrêmement important. C’est pourquoi cet article se présentera sous la forme d’un dossier d’au moins quatre parties présentées dans un ordre chronologique à l’exception de l’une d’entre elles s’intéressant à l’aspect des automobiles de compétition.

Dans le présent article, nous allons faire un exposé traitant des débuts de l’automobile et allons nous intéresser à l’esthétique des premières voitures jusqu’à la veille de la Grande Guerre.

Il est entendu que le fait de donner une date aux débuts de l’automobile est extrêmement complexe dans la mesure où une définition précise de la chose automobile serait à donner avant même de chercher à marquer un commencement. Ici, nous considérerons que les débuts de l’automobile correspondent au moment où un engin fut propulsé par la force d’un moteur à combustion interne (ou moteur à explosion). De fait, c’est en 1884 qu’aurait roulé la première voiture automobile inventée par Edouard Delamare-Deboutteville. En 1885, Carl Benz fait rouler son interprétation de l’automobile avec la Patent Motorwagen. Quelques années plus tard, ce sont Paul Daimler et Wilhelm Maybach qui présentent avec l’appui des industriels français Panhard & Levassor la première automobile à quatre roues et à moteur à essence. Ce moteur à essence fut par la suite utilisé pour la vente des premières automobiles par Panhard & Levassor d’un côté et par la firme d’Armand Peugeot de l’autre.
Au tournant du siècle, l’offre s’est déjà fortement accrue avec l’apparition au cours de la décennie 1890, de nombreux constructeurs saisissant la possibilité de conquérir le marché autour de cette innovation, à l’image de Daimler Motoren Gesellschaft qui, après avoir vendu des automobiles sous ce nom, devient Mercedes du fait de l’influence d’un homme d’affaires ayant aidé à son développement. Par la suite, l’un des événements majeurs touchant à la production automobile est l’application du travail à la chaîne par Henry Ford dans ses usines afin de produire et de commercialiser à grande échelle la Ford modèle T.

Comme l’indique l’exemple ci-dessous, l’automobile des débuts ne tient que très peu compte de considérations esthétiques, l’aspect le plus important demeurant, et de loin, la technique alors que la fiabilité de ce nouveau produit n’est pas encore au rendez-vous. En effet, alors que le pneumatique n’existe pas encore (il est inventé par John Dunlop en 1888) à l’instar du volant, on s’aperçoit que Carl Benz nous propose ici un véhicule dépourvu de carrosserie et s’apparentant davantage à un chariot qu’à une voiture au sens actuel.

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La Patente Motorwagen, créée par Carl Benz est parfois considérée comme la première voiture de l’histoire. On voit bien ici que le véhicule se présente davantage comme un assemblage d’ingénieur que comme un objet dessiné pour répondre à des critères esthétiques ou fonctionnels.

Quant aux premières automobiles commercialisées, on constate là encore que l’aspect esthétique n’a probablement pas été au centre des préoccupations de leurs créateurs. En témoigne la Peugeot Type 2, commercialisée en 1890 et comportant pour ainsi dire un moteur, quatre roues, un organe de direction et un siège (ce qui peut s’apparenter à une définition simpliste de l’automobile). Il est de fait exclus d’y retrouver une recherche esthétique quelconque, la forme du véhicule étant, là encore, commandée par des préoccupations pratiques.

La Peugeot Type 2, commercialisée en 1890 est l’une des toutes premières automobiles à moteur essence à avoir été vendue. Cette voiture utilisait d’ailleurs un moteur Daimler, ce qui en fait une Peugeot à moteur Mercedes.

Un bond dans le temps de deux décennies et demies nous amène aux lendemains de la Première Guerre mondiale, et par conséquent aux années folles, période qui, nous allons le constater regorge de modèles intéressants d’un point de vue esthétique. En effet, alors que l’aspect technique commence à être maîtrisé, les constructeurs se lancent dans la mise au point de véhicules se différenciant les uns des autres. L’heure est aux longs capots recouvrant des moteurs qui grossissent tout en gagnant en puissance.

Alors que la Ford modèle T a lancé la démocratisation de l’automobile, les années 1920 voient les modèles relativement accessibles se multiplier. Ces petites voitures sont généralement des torpédos, résultant de l’évolution des premières automobiles. Esthétiquement, ces torpédos étaient caractérisés par un habitacle fermé recouvrant généralement deux rangées de sièges. Contrairement aux véhicules présentés ci-dessus, ces voitures disposent désormais de passages de roues. Si on peut noter quelques menues différences entre les modèles proposés, il n’en demeure pas moins que ces premières voitures « grand public » sont esthétiquement très proches les unes des autres. À titre d’exemple, la Peugeot 163 est un torpédo produit dès 1919.

Peugeot 163 Torpédo
La Peugeot 163 est l’un des nombreux torpédos proposés aux lendemains de la Première Guerre mondiale. Il est intéressant de noter que différentes couleurs étaient proposées.

Mais les voitures populaires peuvent également aboutir à des lignes plus remarquables en fonction du nombre de places ou de la disposition de celles-ci.

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La Citroën 5HP, ici dans sa version trois places fut surnommée trèfle en raison justement de la disposition de ses places avec deux à l’avant et une à l’arrière. Notons par ailleurs, que contrairement à la Peugeot 163, les jantes sont ici pleines, ce qui apporte une touche différente au modèle.

La décennie 1920 est également marquée par le développement de berlines luxueuses aux dimensions impressionnantes et à l’esthétique très recherchée. C’est cette période qui a donné leurs lettres de noblesse à certaines marques aujourd’hui encore considérées comme l’incarnation du luxe dans l’automobile. Les constructeurs ont effet redoublé d’efforts afin de produire des automobiles les plus remarquables possibles. Ce caractère remarquable des automobiles passait à l’époque par des dimensions impressionnantes mais aussi un luxe, un confort et des performances de premier plan. C’est ainsi que furent développés des voitures toujours plus rapides et volumineuses. C’est ainsi qu’au début de la décennie, la Bentley 3 Litre pouvait apparaître comme l’une des premières voitures de luxe telles que celles-ci se sont développées dans l’entre deux guerres.

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La Bentley 3 Litre (non il ne faut pas de « s ») se caractérise par des lignes qui demeurent assez sobres et des dimensions modestes, ce qui ne l’empêcha pas de remporter l’une des premières éditions des 24 Heures du Mans. En effet, à cette époque, le luxe passait également par des performances élevées.

La période voit de futurs grands noms de l’automobile s’affirmer ou confirmer leur prestige. Cependant, parmi ces voitures luxueuses, l’une marque plus que toutes les autres cette période. Elle est le fait d’un constructeur français basé en Alsace. C’est la type 41, qui est conçue pour être la voiture la plus luxueuse, grande et performante en production. D’une longueur d’environ six mètres pour un poids d’environ trois tonnes, elle peut cependant être propulsée à plus de 200 kilomètres par heure grâce à son moteur de 300 chevaux.

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La Bugatti Royale, ou type 41 est l’une des automobiles les plus luxueuses jamais produites. La sobriété a été laissée de côté pour la réalisation de ce modèle, avec ce capot démesuré abritant un moteur de plus de 12 litres de cylindrée. Notons la présence d’une pièce d’art en tant que bouchon de radiateur, qui est le fait de Rembrandt Bugatti, le fils d’Ettore. Par ailleurs, chaque exemplaire du modèle recevait un carrossage différent selon la volonté du client.

Mais l’entre deux guerres vit également apparaître des automobiles au design moins classique. Ainsi, la décennie 1930 voit l’intérêt pour l’aérodynamique se développer et avec lui, l’apparition de modèles aux lignes profilées, donnant des designs très caractéristiques.

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La Talbot-Lago T150 s’inscrit dans la lignée des automobiles aérodynamiques de la décennie 1930. Notons que l’intégralité du design de ce modèle a été fait dans l’objectif de rendre le véhicule profilé, des passages de roues enveloppants caractéristiques du mouvement au pare brise en deux blocs afin d’obtenir une forme courbe en passant par la calandre courbée.

La décennie 1930 a bien-sûr donné d’autres modèles remarquables par leur design, à l’image de la Volkswagen Coccinelle, mais il serait évidemment trop long de tous les détailler. C’est pourquoi nous allons aujourd’hui nous arrêter là et nous retrouver dans un mois pour une deuxième partie consacrée aux Trente Glorieuses avec l’âge d’or des voitures américaines mais aussi d’autres modèles au design marquant.

1 thought on “L’esthétique dans l’automobile: 1/4 le temps des débuts

  1. Pour moi qui n’y connais rien, l’article est instructif. La volonté de faire de l’automobile un objet de luxe me fait penser à son rôle en tant qu’objet de distinction sociale qui pourrait être intéressant à regarder, mais on sort là de l’esthétique pour entrer dans la sociologie. La massification de son usage et finalement sa banalisation à partir d’une certain époque sont des points également intéressants je pense.

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