Méchamment dimanche

Pierre Grosdemange, plus connu sous le nom de Pierre Pelot, est un auteur vosgien originaire de Saint-Maurice sur Moselle qui au premier point de vue peut intriguer. C’est du moins ce qui m’est arrivé la première fois que j’ai posé les yeux sur l’un de ses livres dans une librairie alors que j’étais en terminale, ce qui ne m’a pas empêché de le prendre, davantage par attrait pour le cadre du roman en question que constituent les Hautes-Vosges.

Grand bien me prit, puisque ce roman est aujourd’hui classé parmi mes ouvrages préférés et reste l’un des rares ouvrages que j’aie lu plus d’une fois. Aussi l’article qui va suivre risque-t-il de cruellement manquer d’objectivité puisque ce livre a pour moi une valeur sentimentale désormais.

Le roman débute donc en 2004, par l’arrivée d’un mystérieux étranger (Jip Barthe) à Saint-Maurice sur Moselle. Cet inconnu fait son arrivée alors que la petite commune se remet de l’assassinat d’ouvriers par un individu apparaissant comme un forcené comme en témoigne son discours totalement décousu face aux officiers de police judiciaire qui l’interrogent dans la commune voisine du Thillot.

C’est quelques pages plus loin que nous nous trouvons téléportés en 1957 toujours à Saint-Maurice pour retrouver Zan, un adolescent d’une douzaine d’années qui va devoir passer son certificat d’études lors de l’année scolaire à venir. Mais pour l’heure, ce sont les vacances d’été qui débutent d’une bien curieuse façon. En effet, s’étant aventuré tard dans le cimetière local, il se retrouve confronté, accompagné de son compagnon Tipol, au chef de la bande ennemie accompagné par Angèle, la jeune qu’il aime secrètement mais qui ne fait pas attention à lui en plus d’être plus âgée. Cette altercation l’amène à se retrouver coincé dans un souterrain à l’intérieur du cimetière, piégé par son ennemi juré et par les maladresses de Tipol. Les deux amis parviennent à se sortir de ce mauvais pas après avoir été aidés par leur ami Belette. Au moment de rentrer chez lui, Zan craint les réprimandes de son père, dont le caractère a changé depuis qu’il est pris en charge par une assistante sociale du nom de Méline dont la surveillance et l’influence déplaisent à Zan. En effet, son paternel, ouvrier dans une usine textile du bord de la Moselle a perdu sa femme et son fils quelques années plus tôt. Il est par la suite tombé dans l’alcool et la dépression élevant, ou plutôt n’élevant pas son fils restant dans la misère et sans considération. Zan s’accommodait d’ailleurs très bien de cette situation qui lui permettait d’agir selon sa volonté et sans avoir à recevoir de consignes de bienséances. Mais la situation dégénère donc à cause de cette assistante sociale qui se rapproche de plus en plus de son père et dont les principes commencent à venir perturber la vie de Zan qui se voit rapidement obligé (en théorie) de rentrer relativement tôt et d’être plus sage lorsqu’il fréquente ses amis. C’est ainsi que les relations entre notre adolescent et son entourage commencent à se tendre.

L’auteur nous fait ensuite refaire un bon chronologique pour revenir en 2004. Jip Barthe se balade dans Saint-Maurice et se rend sur les lieux de l’assassinat ayant eut lieu quelques temps plus tôt. Sur place, il discute avec un habitant de la commune. Dans le même temps, l’auteur avéré des faits tient pour sa part des discours apparaissant insensés pour expliquer son passage à l’acte affirmant que la destruction de la maison entreprise par les ouvriers risquait de réveiller des fantômes du passé. Barthe déambule péniblement dans le village avec le poids de son âge comparant les changements par rapport à ses souvenirs. Il s’agit en fait d’un policier venu sur place mais semblant ne pas vraiment participer à l’enquête. Il semble simplement s’intéresser aux événements qui entourent ce coup de folie sans raison apparente.

Retour en 1957 où Zan se lance; appuyé par ses amis; dans une forme de conflit l’opposant à Nano Grangirard et sa bande. Il prépare entre autres des flèches en vue de se lancer dans une attaque de train puisque Nano travaille depuis peu à la SNCF ayant obtenu son certificat d’études. Zan jalouse grandement Nano qui, non content de le narguer par son âge semble très proche d’Angèle. La soeur d’Angèle, Zita (qui est aussi la jumelle de Belette), s’avère par ailleurs faire partie de la bande de Zan. Evidemment, le grand Marcel (le père de Zan) s’oppose farouchement à la fabrication des flèches et cherche à cadrer Zan au maximum. L’attaque du train a finalement lieu et aboutit par la suite à une cascade d’événements qui voient les gendarmes rendre visite à plusieurs reprises au grand Marcel. Méline quant à elle évoque le placement de Zan dans une pension pour le recadrer tout en continuant son rapprochement avec le grand Marcel au point de venir remplacer en quelque sorte la défunte mère de Zan. Tandis que d’autres événements funestes touchent le village au cours de cet été qui voit Anquetil s’imposer sur le Tour de France, le p’tit grand Marcel se retrouve assigné à résidence par son père, la faute à des accusations fallacieuses. Excédé par la situation, Zan cherche un moyen de s’en extirper et estime que le meilleur moyen de parvenir à ses fins est de faire cesser le rapprochement de Méline et de son père. C’est ce qui le conduit à échafauder un plan machiavélique qui le verra assassiner l’assistante sociale dans une sauvagerie extrême mais également dans l’indifférence générale.

La suite des événements ne lui donnera pas raison puisque la fin de l’été voit les espoirs de se rapprocher d’Angèle s’évanouir. Les années suivantes voient le grand Marcel mourir à son tour et Zan se retrouver seul après avoir perdu son dernier compagnon, à savoir son chien.

Restent ses amis, parmi lesquels Zita dont Zan se rapproche au fil du temps au point d’en faire la seule femme de sa vie. C’est d’ailleurs sur leur relation que s’achève le roman alors que, en fin septembre, au moment où se tient la fête villageoise, Zan évoque à Zita ses projets de quitter sa vallée de la Moselle pour aller à la ville et faire carrière.

La fin du roman nous expose aussi la relation entre les événements de 2004 et ceux de 1957, révélant que Jip Barthe n’est autre que…Zan.

Après ce résumé, passons à l’aspect critique de cet écrit.

Si j’ai trouvé ce roman intéressant c’est parce qu’il fait plus que raconter une histoire de meurtre(s) comme on en rencontre souvent. En effet, bien que le caractère descriptif du livre peut être agaçant pour certains lecteurs, il est aussi vrai que cet élément nous permet de nous sentir plus proches des personnages rencontrés (à plus forte raison si on connaît le village dans lequel se tiennent les événements). Cette proximité avec les personnages rend le lecteur plus réceptif aux péripéties rythmant la vie des personnages et notamment de Zan, autour de qui est construit le récit. Zan, auquel beaucoup peuvent s’identifier entre amours manqués, relations parentales difficiles, études précaires et pauvreté matérielle.

Un autre point intéressant du livre, à mon point de vue est la phrase sur laquelle l’histoire s’achève: « Septembre s’achevait sur un bord de lundi ». Cette ultime phrase en effet, intervient alors que Zan et Zita ont vécu leur passion réciproque, et marque la fin des vacances, la fin aussi de leur romance pourtant naissante mais surtout la fin de l’enfance. Elle apporte ainsi un sentiment de nostalgie au lecteur. Nostalgie par rapport au fait que celui-ci a accompagné Zan au cours de cet été, qu’il a fait la connaissance de Zita bien sûr, mais aussi de Tipol et Belette et qu’il les quitte en même temps qu’il quitte cette lecture.

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