Michel Sardou

Nous n’allons pas ici faire une biographie de Michel Sardou, ce qui a déjà été fait à de nombreuses reprises, mais allons plutôt nous intéresser à quelques-uns de ses morceaux, plus ou moins connus et qui, selon moi, ont marqué sa carrière.

Le chanteur a longtemps été perçu comme un réactionnaire à l’esprit vieille France, ce qui lui a valu de nombreuses critiques émanant de tous les horizons de la société française. S’il est vrai que certaines de ses chansons sont susceptibles de choquer les auditeurs, nous allons ici constater que l’un des problèmes concernant le chanteur est une mauvaise interprétation de ses textes par une partie de la population. Je ne chercherai pas à me faire défenseur de Sardou mais simplement à partager certaines de ses œuvres en essayant de porter sur elles un regard aussi objectif que possible.

Commençons par l’un des premiers morceaux de la carrière du chanteur, ayant pour thème l’appui des Américains aux Alliés au cours de la Seconde Guerre mondiale et intitulé Les Ricains. Si le morceau fut critiqué au moment de sa sortie en 1967, c’est notamment parce que sa sortie coïncidait avec le retrait de la France de l’OTAN. Ce morceau, ne véhicule pourtant aucune idée politique particulière et rend simplement hommage aux soldats américains morts pour certains en combattant les nazis au cours du conflit. Il est parfois reproché au texte d’oublier l’aide apportée par les Soviétiques au cours du conflit mais il peut être bon de rappeler que ce n’est pas là le propos de la chanson.

La chanson fut par ailleurs « complétée » par une autre portant sur le même thème intitulée Monsieur le Président de France et parue en 1970. Dans cette chanson, Sardou dépeint le propos d’un jeune homme décrivant son ressenti par rapport au décès de son père en Normandie et aux comportements de certains individus. Ces deux morceaux, plus que les véhicules d’idées politiques quelles qu’elles soient, forment une sorte d’hommage plein d’émotions pour qui souhaite les percevoir ainsi. Dans le cas du deuxième morceau, l’aspect émotionnel est accentué par les chœurs accompagnant le chanteur.

Dans le même genre de titres polémiques, on trouve Vladimir Illitch qui sur certains aspects peut être perçu comme une critique du régime soviétique et de son échec, mais ce n’est pas le sujet de cet article. D’un point de vue musical, ce morceau apparaît assez triste de par sa mélodie. Quant aux paroles, elles semblent appeler au retour de Lénine comme s’il s’agissait d’un messie.

Le chanteur a également chanté sur des sujets beaucoup plus légers, avec des chansons aux rythmes entraînants, aux paroles simples. Au premier rang de celles-ci, par ordre de popularité, vient Les lacs du Connemara, morceau sur lequel je ne m’attarderai pas.
Dans le même état d’esprit, on trouve une chanson elle aussi relativement connue et traitant d’un lieu en particulier, à savoir New York avec Chanteur de Jazz. Les paroles simples sont accompagnées par une musique entraînante sans rapport avec une bonne partie des morceaux de Sardou basés sur des musiques calmes. Les paroles tracent simplement une forme de parcours dans les rues de Big Apple reprenant au passage certains lieux iconiques de la ville à l’image de la Cinquième Avenue ou du pont de Brooklyn. Le morceau pourrait ainsi quasiment s’apparenter à un guide touristique, impression renforcée par les « Welcome to America ». On remarque d’ailleurs une certaine similarité dans la composition du morceau et Les lacs du Connemara, avec une tendance à l’accélération du rythme au fil de la chanson.

Sardou a également chanté l’amour, sous toutes ses formes, heureux, déçu, durable, adultère, homosexuel, fini… Parmi les chansons portant sur le sujet comment ne pas citer La Maladie d’amour ? Cette chanson, parfois perçue comme celle qui lancé sa carrière auprès du public, décrit simplement le phénomène sous différentes formes et constate en quelque sorte qu’il est présent dans la vie de tous.
Mais d’autres morceaux moins connus traitent également le sujet. On peut ainsi mentionner Tu te reconnaîtras, qui parle d’un amour manqué comme certaines personnes peuvent parfois avoir l’impression d’en vivre. Le texte s’apparente en fait à une déclaration faite à l’objet de cet amour. La chanson peut ainsi renvoyer au ressenti d’individus ayant le sentiment d’avoir raté l’amour de leur vie du fait de mauvaises circonstances. On peut en effet imaginer que celle qui est supposée se reconnaître ne le fera pas car la personne qui parle a été victime de son imagination.

Si vous recherchez plutôt de l’amour sensuel, penchez vous sur Tous les bateaux s’envolent qui exprime sous une forme imagée une relation charnelle en dépeignant le corps féminin.

D’autres mélodies portant sur l’amour sont plus positives, à l’image de Dix ans plus tôt, qui revient sur ce qui s’apparente aux débuts de la vie d’un couple.
Certaines encore abordent des thèmes plus sensibles. À ce titre, on peut mentionner Le Privilège, chanson portant sur l’homosexualité. Le titre se présente comme la réflexion d’un jeune homme ne sachant pas comment parler de son attirance pour les personnes du même sexe et craignant le regard des autres sur lui, à une époque (1990) où l’homosexualité était encore classée par l’OMS comme étant une maladie. A l’image des chansons portant sur les Américains dans la Seconde Guerre mondiale, ce morceau transmet à l’auditeur une certaine émotion par rapport à ce sujet, qui sans le concerner directement n’en est pas moins une réalité vécue par une partie de la population. L’accompagnement musical joue dans ce cadre un rôle important avec une guitare comme accompagnement principal, laquelle semble retranscrire par ses notes la tristesse de l’individu qui vit cette situation.

Enfin, Sardou, ce sont des morceaux qui peuvent apparaître assez insensés au premier abord, mais qui n’en témoignent pas moins de certains traits de la société. On peut ici mentionner La même eau qui coule qui semble rendre compte d’une certaine immuabilité de la condition humaine, sur fond de rythme entraînant mêlant percussions, trompette et électronique.

Si vous vous intéressez davantage à l’esthétique, regardez le clip de la chanson Marie-Jeanne. Outre des paroles et un rythme appréciables, la présence de grands noms de la scène française comme Pierre Richard, Mireille Darc, Thierry Lhermite et Cathy Andrieu, on peut remarquer que les réalisateurs du clip ont fait concorder les premières notes de guitare avec l’enfilage d’un collant et les basses du début de la chanson avec des changements à l’image (notamment durant le premier couplet) tandis que dans le second couplet, ces mêmes basses; quoique plus rapides; accompagnent une montée d’escaliers et miment l’impact des talons sur le métal.

En conclusion, peut-être pourrions nous noter, qu’au lieu de chercher à interpréter une oeuvre, à comprendre les interprétations de son auteur il serait plus intéressant pour le spectateur que nous sommes de l’apprécier pour ce qu’elle est: une recherche d’esthétisme et d’harmonie.
Je vais pour finir vous laisser avec Le France, l’un de mes morceaux préférés.

6 thoughts on “Michel Sardou

  1. Autant je peux comprendre la décharge émotionnelle que ces morceaux peuvent susciter chez celui ou celle qui les écoute, autant réduire ces chansons à des préoccupations strictement esthétiques me paraît problématique si on veut les saisir au-delà du plaisir qu’elles peuvent nous procurer. Et ici, je ne pense pas qu’il soit nécessaire de s’intéresser à l’intention des auteurs, ou pire, de les deviner en faisant des attributions hasardeuses, mais on peut au moins essayer de cerner ce que cela dit de l’état d’une société par exemple. Ce que je veux dire, c’est que ce n’est pas forcément l’intention qui doit attirer notre intérêt mais ce que révèle une oeuvre, en s’autorisant les largesses de l’interprétation, et cela évidemment jusqu’à un certain point.

    1. Apprécier une oeuvre pour ce qu’elle est, cela consisterait, dans une acceptation large, à en apprécier à la fois l’esthétique intrinsèque, et le contexte, avec tout le poids d’une époque, de ses mœurs et de ses grands évènements, lesquels me semblent en effet ne pas pouvoir être mis de côté sans que cela n’appauvrisse l’oeuvre elle-même. Mais le contexte d’une oeuvre, n’est-ce pas, aussi, les conditions de sa composition, et donc aussi les intentions de son auteur ? L’essentiel me semble donc, non pas de se concentrer plutôt sur ceci que cela, mais de le faire toujours avec recul, dans cet état contemplatif que doit favoriser l’oeuvre d’art, quelle qu’elle soit, de la chanson de variété à la sculpture classique.
      Ce qu’a voulu exprimer l’auteur, cela me semble important. Il s’agit donc surtout selon moi de ne pas confondre l’intérêt qu’on peut y porter avec le jugement moral (favorable comme défavorable) qui peut, et ce souvent malgré nous, accompagner cet intérêt.

      1. Oui, je ne voulais pas dire que l’intention de l’auteur devrait être complètement ignorée, même si pour s’y pencher on n’a que des intentions avouées, aller au-delà, je pense qu’on s’accordera pour le faire avec recul. J’avoue ne pas comprendre le passage sur le jugement moral cela dit.

        1. Lorsque je parle de jugement moral je veux parler, en opposition à lui, de retenue, en s’efforçant de ne pas mettre ni d’écran ni d’oeillère idéologique entre soi et l’oeuvre. C’est tout 🙂 Rien de nouveau sous le Soleil.

    2. Je trouve que le point de vue avancé est intéressant et suis assez d’accord avec, puisqu’on ne peut pas nier que chaque oeuvre est réalisée dans un contexte, et que, dans le cas de certaines d’entre elles, celui-ci peut avoir un impact direct sur l’aspect esthétique et émotionnel.
      Mais ce dernier point apparaissant plus ou moins vrai en fonction de l’oeuvre, il est important, et je rejoins Nicolas sur ce point de prendre un certain recul si on essaie de comprendre le sens « profond » de l’oeuvre, si toutefois elle en a un.
      En résumé, à mon avis, il peut être profitable de comprendre le point de vue que certaines réalisations défendent, mais, et c’est probablement ce que Nicolas a voulu dire par rapport au jugement moral, je pense que ces considérations doivent être si possible séparées de la perception de l’aspect esthétique, et ce, dans les deux sens.

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